L’attentat -Yasmina Khadra ★★★★☆

IMG_1076Je vais essayer de ne pas ‘spoiler’ pour ceux qui ne l’ont pas encore lu. 😉
Dès le début, l’auteur nous décrit le personnage, ce chirurgien naturalisé qui ne remplacerait pas ses années de dure labeur contre une quelconque liberté vide de sens. En connaissant le synopsis, on s’attend fatalement au dénouement de l’histoire qui précède la terrible révélation.

Une femme au dessus de tout soupçon, on ne comprend pas, on se pose mille questions. Au fil des pages, on enquête avec son mari comme si on la connaissait. Parce que l’on VEUT savoir pourquoi, comment et surtout quand? Quand s’est passé le déclic. Si déclic il y a. Et si c’était plutot quelque chose qui mûrissait depuis des années? Ou qui existait depuis toujours et qui n’avait jamais réussi à disparaître? Et si une tierce personne était à l’origine de tout ceci? On est plongé dans un univers mystérieux, dangereux et secret. On se demande presque si on va avoir des réponses à toutes ces questions. Et puis ça vient, presque d’un coup et on est surpris. Est-ce qu’on s’attendait à pire? À mieux? Est-ce qu’on a peur de haïr cette personne? Ou est-ce qu’on a plutôt peur de comprendre ses intentions finalement?

Tant de questions que vous aurez à répondre après avoir lu ce livre.
Cette lecture m’a enrichie, c’est la moindre des choses. On en ressort grandi comme après avoir vécu une expérience qui nous affecte et qui nous fait réfléchir au sens de nôtre vie.
Je ne vais pas poster toutes les citations que j’ai aimé dans ce livre mais en voilà quelques unes.
“On apprend véritablement à haïr à partir de l’instant où l’on prend conscience de son impuissance. C’est un moment tragique ; le plus atroce et le plus abominable de tous.”
“La liberté n’est pas un passeport que l’on délivre à la préfecture. Partir où l’on veut n’est pas la liberté. Manger à sa fin n’est pas la réussite. La liberté est une conviction profonde ; elle est mère de toutes les certitudes”
“Il faut toujours regarder la mer. C’est un miroir qui ne sait pas nous mentir. C’est aussi comme ça que j’ai appris à ne plus regarder derrière moi. Avant, dès que je jetais un coup d’œil par-dessus mon épaule, je retrouvais intacts mes chagrins et mes revenants. Ils m’empêchaient de reprendre goût à la vie, tu comprends ? Ils gâchaient mes chances de renaître de mes cendres…”
“L’homme a inventé la guerre ; la femme a inventé la résistance.”

Certaines le savent déjà peut-être, mais derrière le pseudonyme de « Yasmina Khadra », se cache en fait un homme qui se nomme Mohamed Moulessehoul. Il y plusieurs raisons derrière ce choix, mais une d’entre elles est qu’il voulait honorer les femmes algériennes qui pour lui ne sont pas suffisamment reconnues pour leur valeur. En choisissant le nom de sa femme comme pseudonyme, il a fait des heureux et des malheureux. Car évidemment, l’histoire était si belle! Avoir pu penser qu’une femme avait porté dans son sein, comme un enfant, cette oeuvre, pour l’offrir comme un espoir à l’Algérie déchirée. Cela fut un scandale pour d’autres quand en France, il apprirent que c’était un homme appartenant a l’armée algérienne.

Malgré les critiques et controverses, il considère son talent comme un don du ciel. La mère de Mohamed avait pour fonction, dans sa tribu saharienne, de conter des histoires et son fils a le sentiment d’avoir reçu cette fonction en héritage.
Je finirais par ce court dialogue de Yasmina Khadra avec le diable. A vous de juger, chères lectrices. ^^
Le Diable: « Va, tu le sais, Yasmina Khadra. Avec ses enfants qui apprennent à recevoir des coups et à en donner, ses paradis promis aussi aux égorgeurs, ses victimes passées aux profits et pertes du Destin et de la Fatalité, l’Algérie de ton oeuvre, sous son soleil, ses souvenirs et ses promesses qui ne fleurissent pas, est une terre désespérée. Or le désespoir est mon domaine. Il ferme la porte à tous les avenirs, et ressasse d’interminables passés. Merci donc!  »
Yasmina Khadra: Le désespoir est ton domaine, alors restes-y. Les hommes ne sont pas faits de la même pâte que toi, et ne bénéficient pas de l’impunité qui te fossilisera dans la damnation. Notre destin est plus fabuleux que le mauvais sort que tu nous jettes à tout bout de champ; quant à notre salut, il dépend de ce que nous mettons dans nos convictions, et non pas de tes abominables conspirations. Ton problème est plus grave encore car, comment te plaindre, toi qui ne sais pas t’attendrir aux tintements d’une clochette accrochée au cou d’une chèvre, ni te réjouïr de la joie d’un enfant courant comme un feu follet sur l’arête des collines,encore moins chanter ta propre peine lorsque le jour se lève enfin après une longue nuit d’infortune. Et sais-tu pourquoi ? C’est parce que tu ne connais pas grand-chose aux joies de ce monde, sauf peut-être la satisfaction stupide que tu puises dans notre déplaisir. Si notre douleur est l’unique source à laquelle tu te désaltères, j’aimerais bien voir ta mine lorsqu’on la surmontera. La lave qui t’a fait n’est rien, en comparaison avec la flamme qui nous illumine chaque fois que nous nous relevons de nos blessures. Tu n’as pas notre longanimité, tu ignores la force que nous incarnons derrière notre fragilité, tu ne goûteras jamais à ce bonheur magnifique qui nous ressuscite parmi les décombres, car nous sommes les seuls à pouvoir le rendre possible. Ainsi s’encordent nos survivances. Ce qui nous accable aujourd’hui, nous instruira demain. Nous connaissons des hauts et des bas pour mieux apprivoiser les vertiges. C’est à ce prix que l’on aspire à vivre pleinement la vie. Que sais-tu de l’Algérie, hormis le plaisir malsain que son martyre te prodigue? Un village que l’on égorge, une école que l’on brûle, une bombe que l’on glisse sous le siège des enfants ? Moi, je connais le courage d’un peuple qui ne baisse pas les bras, la grâce d’une femme qui refuse d’abdiquer, le charisme d’un écolier rejoignant sa classe sinistrée, toutes les grandeurs et toutes les bravoures qui t’échappent et auxquelles, toi, qui, du fond des enfers qui t’immoleront pour l’éternité, ne pourras jamais accéder. Ce qui est écrit sur les lignes de ma main est mon parchemin. Je saurais retrouver ma voie dans le chaos des êtres et des choses. Ainsi la nature a fait les hommes sains, c’est-à-dire ceux qui acceptent de souffrir plutôt de te vendre leur âme, à toi qui n’en a jamais eu une seule.
Petite bio:

10 janvier 1955 : naissance à Kenadsa (Sahara algérien) d’un père infirmier et d’une mère nomade.

Septembre 1964 : A 9 ans , son pere le confie à une école militaire (Ecole Nationale des Cadets de la Révolution, pour faire de lui un officier

1973 : il termine mon premier recueil de nouvelles « Houria » qui paraîtra onze ans plus tar

Septembre 2000 : Après trente six ans de vie militaire, Il quitte l’Armée pour se consacrer à la littérature.

En 2001, il s’installe en France, à Aix-en-Provence, où il réside encore.
Bibliographie:

Ce que le jour doit à la nuit 2008 – Julliard

Les Sirènes de Bagdad 2006 – Julliard

L’attentat 2005 – Julliard

La part du mort 2004 – Julliard

Cousine K. 2003 – Julliard

Les hirondelles de Kaboul 2002 – Julliard (Pocket 2004)

L’imposture des mots 2002 – Julliard (Pocket 2004)

L’écrivain 2001 – Julliard (Pocket 2003)

A quoi rêvent les loups 1999 – Julliard (Pocket 2000)

Les agneaux du Seigneur 1998 – Julliard (Pocket 1999)

Double Blanc 1998 – Baleine Paris

L’automne des chimères 1998 – Baleine Paris

Morituri 1997 – Baleine Paris

La Foire des Enfoirés 1993 – Laphomic Alger

Le dingue au bistouri 1990 – Laphomic Alger (Flammarion 1999 J’ai lu 2001)

Le privilège du phénix 1989 – ENAL Alger

De l’autre côté de la ville 1988 – L’Harmattan Paris

El Kahira 1986 – ENAL Alger

La fille du pont 1985 – ENAL Alger

Houria 1984 – Editions ENAL Alger

Amen 1984 – à compte d’auteur Paris

La Dernière nuit du Raïs – Juillard

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